Une crevaison n’arrive jamais au bon moment. Souvent, c’est un soir de pluie, sur une petite route de campagne, avec des enfants fatigués à l’arrière ou une tenue de bureau peu adaptée. On sort alors le cric fourni avec la voiture, ce petit appareil à manivelle qu’on n’a jamais utilisé, et on découvre à quel point il est long et fatigant de soulever une tonne et demie de métal à la force du bras.
C’est précisément pour ces situations qu’a été conçu le cric électrique pour voiture. Branché sur la prise 12 volts du véhicule, il soulève la voiture en appuyant simplement sur un bouton, en quelques dizaines de secondes. Pratique, rassurant, il séduit de plus en plus d’automobilistes. Mais comme tout équipement de sécurité, il faut savoir le choisir, l’utiliser correctement et connaître ses limites. Voici l’essentiel à retenir avant d’en glisser un dans votre coffre.
Comment fonctionne un cric électrique ?
Le principe est simple. Un petit moteur électrique, alimenté par la prise allume-cigare ou directement par la batterie via des pinces, actionne un mécanisme de levage. Une télécommande filaire permet de monter ou de descendre la voiture en restant à distance du véhicule.
On trouve principalement deux grandes familles.
Le cric électrique à ciseaux reprend la forme du cric d’origine fourni avec la plupart des voitures, mais remplace la manivelle par un moteur. Compact et léger, il se range facilement dans le coffre. Il convient très bien aux citadines, compactes et berlines.
Le cric électro-hydraulique, souvent en forme de bouteille ou de petit cric rouleur, combine un moteur électrique et un vérin hydraulique. Plus puissant, il supporte des charges plus importantes et s’adresse plutôt aux SUV, aux 4×4, aux utilitaires légers ou aux camping-cars.
Beaucoup de kits vendus dans le commerce associent le cric à une clé à chocs électrique 12 volts, qui permet de desserrer et resserrer les écrous de roue sans effort, ainsi qu’à un petit compresseur. L’ensemble est rangé dans une mallette rigide. C’est souvent la formule la plus intéressante, car c’est justement le déblocage des écrous qui pose le plus de difficultés aux automobilistes.
Les critères pour bien choisir
La capacité de levage
C’est le premier chiffre à regarder. Elle s’exprime en tonnes et doit être nettement supérieure à la charge que le cric aura réellement à soulever. Comme on ne lève qu’un côté ou un coin de la voiture, la charge est inférieure au poids total, mais mieux vaut se baser sur le poids à vide du véhicule, indiqué sur la carte grise, et choisir un cric dont la capacité le dépasse confortablement. Pour une citadine, un modèle de 2 tonnes suffit en général ; pour un SUV lourd ou un utilitaire, on vise 3 à 5 tonnes.
La hauteur minimale et maximale
La hauteur minimale doit permettre de glisser le cric sous le point de levage, même avec un pneu complètement à plat. C’est un point sensible sur les voitures surbaissées. La hauteur maximale, elle, doit être suffisante pour que la roue décolle du sol et que la roue de secours, plus gonflée, puisse être montée. Sur les SUV, on a souvent besoin d’une course importante.
L’alimentation
La plupart des modèles se branchent sur la prise 12 volts. Vérifiez que celle-ci est alimentée moteur coupé sur votre voiture, et que le fusible supporte l’intensité demandée par le cric. Certains modèles proposent aussi des pinces pour se brancher directement sur la batterie, plus fiables pour les crics les plus gourmands. La longueur du câble doit permettre d’atteindre les quatre roues.
La qualité et la sécurité
Recherchez un appareil conforme aux normes européennes, avec une valve de sécurité contre la surcharge pour les modèles hydrauliques, une base large et stable, et une tête de levage adaptée aux points de levage de votre voiture. Les produits sans marque vendus à très bas prix méritent la plus grande méfiance : un cric qui cède sous une voiture n’est pas un petit désagrément.
La sécurité avant le cric
Un cric, même électrique, ne fait pas tout. Lorsqu’on s’arrête en urgence au bord de la route, le premier danger n’est pas la roue crevée, mais la circulation.
Avant toute chose, garez-vous le plus loin possible de la chaussée, sur une surface plane et stable si vous le pouvez. Allumez les feux de détresse, enfilez le gilet haute visibilité avant de sortir du véhicule et faites descendre les passagers côté talus, pour les mettre à l’abri derrière la glissière ou loin de la route. Placez ensuite le triangle de présignalisation à une distance suffisante, si cela peut se faire sans vous mettre en danger.
Sur autoroute ou voie rapide, la règle est différente : changer soi-même une roue sur la bande d’arrêt d’urgence est fortement déconseillé, et dans plusieurs pays, l’intervention est réservée aux dépanneurs agréés. Mettez-vous en sécurité, appelez les secours depuis une borne d’appel ou votre téléphone, et attendez. Aucun cric, aussi rapide soit-il, ne justifie de rester à quelques mètres de véhicules qui passent à 130 km/h.
Le cric électrique trouve donc toute sa place dans un ensemble plus large d’outils d’urgence pour voiture. Un kit bien pensé comprend au minimum :
- un gilet haute visibilité par passager, rangé à portée de main dans l’habitacle ;
- un triangle de présignalisation ;
- une lampe frontale ou torche, indispensable la nuit ;
- une paire de gants de travail ;
- des cales de roue pour immobiliser le véhicule ;
- une couverture de survie et une trousse de premiers secours ;
- des câbles de démarrage ou un booster de batterie ;
- un compresseur 12 volts et, éventuellement, une bombe anti-crevaison pour dépanner sans démonter.
Vérifiez aussi régulièrement l’état et la pression de la roue de secours. Un cric parfait ne sert à rien si la roue de rechange est elle-même à plat.
Utiliser son cric électrique pas à pas
Une fois en sécurité, sur un endroit où l’intervention est possible, voici la marche à suivre.
Commencez par serrer le frein à main et engager une vitesse, ou la position P sur une boîte automatique. Placez une cale contre la roue diagonalement opposée à celle que vous allez soulever.
Desserrez ensuite légèrement les écrous de la roue crevée, d’un quart de tour environ, pendant qu’elle est encore au sol. Si vous disposez d’une clé à chocs, c’est le moment de l’utiliser.
Repérez le point de levage prévu par le constructeur, généralement indiqué par une encoche ou un renfort sous le bas de caisse, et décrit dans le manuel du véhicule. Ne placez jamais le cric sous un élément de suspension, le plancher ou le pot d’échappement. Positionnez la tête du cric bien au centre du point de levage, sur un sol dur. Sur terre ou sur gravier, glissez une planche ou une plaque solide sous la base pour éviter qu’elle s’enfonce.
Branchez le cric, puis montez doucement en surveillant que l’appui reste bien aligné. Arrêtez-vous dès que la roue décolle de quelques centimètres. Retirez les écrous, changez la roue, revissez à la main, puis redescendez la voiture avant de serrer définitivement les écrous en étoile.
Une règle ne souffre aucune exception : on ne passe jamais une partie du corps sous une voiture soutenue uniquement par un cric, qu’il soit électrique ou non. Un cric est fait pour soulever, pas pour maintenir une voiture en hauteur pendant qu’on travaille dessous. Pour cela, il faut des chandelles.
Après quelques kilomètres, faites contrôler le serrage des écrous et faites réparer ou remplacer le pneu crevé au plus vite, surtout si la roue de secours est une galette à vitesse limitée.
Un équipement rassurant, à condition de bien l’utiliser
Le cric électrique a de vrais atouts : il épargne un effort physique important, fait gagner du temps et rend le changement de roue accessible à des conducteurs qui n’y seraient pas parvenus avec un cric manuel. Associé à une clé à chocs, il transforme une épreuve en une opération de quelques minutes.
Pour en profiter pleinement, choisissez un cric de voiture portable adapté au poids et à la hauteur de votre véhicule, testez-le une première fois tranquillement chez vous, et rangez-le avec le reste de votre équipement d’urgence. Le jour où vous en aurez besoin, vous saurez exactement quoi faire.
Mais gardez toujours en tête que la priorité reste votre sécurité et celle de vos passagers. Si l’endroit est dangereux, la meilleure décision reste de vous mettre à l’abri et d’appeler l’assistance.


